La traversée du désert

Du Maroc à Saint-Louis

Du lundi 17 au jeudi 20 novembre

Maroc

Réveil à 7h, un peu en avance mais je ne veux pas louper le bus pour Dakhla. On m’a dit 8h, on m’a dit 9h…alors dans le doute. Le billet est à 340 dirhams, beaucoup plus cher que prévus. 9h30 : le départ est imminent. Agadir-Dakhla : 20 heures. 1300 km. Arrivée prévus demain matin vers 6h. « Le Monde Diplomatique », un kilo de banana et un litre d’eau, à l’attaque du désert…bien tranquille dans un bus climatisé. Intervalle…Temps de lecture sur la crise financière internationnale, les attaques pirates autour de la corne Africaine, la fin de l’hégémonie américaine dans la diplomatie internationnale… Temps d’observation des montagnes désertiques que des habitations solitaires ont eu l’audace de conquérir. Pause déjeuner. Les aplats rouges vifs des reliefs à l’horizon, les étentues de terre ballayées au vent, accueillent malgré tout un restaurant ; vivant de l’asphalte tranchant ; au milieu de nul part. Je repense au film de Sam Peckinpah « La ballade de Cable Hogue ». Je m’achète de la viande, une bouteille d’eau… Je me fais plaisir, j’ai retrouvé le moral, je suis en route vers mon rêve. Coup de glaxonne.

Après Tan-Tan la route se rapproche de la mer, la vue devient merveilleuse. Deux étendues infinies se font face…la Sahara, l’Atlantique. Des berbères vivent ici, au sommet des falaises, dans des tentes de fortune, livrées aux caprices des éléments. Je n’arrive pas à comprendre. Où trouvent-ils l’eau potable ? Que mangent-ils ? Une autre population occupent les lieux, petites communautés champignons, les campingcars se regroupent avec tout le confort moderne…encore les contrastes.

A partir de Laayoune commence la sahara occidentale, les postes de police et les contrôles deviennent constant. Les problèmes avec l’Algérie soutenant les mouvements indépendantistes changent un peu l’ambiance. Je me fais contrôler 5 à 6 fois, toujours la même question « Profession ? Etudiant ». Et c’est tout, les policiers marocains sont très courtois. Arrêt pour diner. Je rencontre Hicham, marocain de 23 ans avec un visage enfantin qui me le rend sympathique au premier regard. Nous mangeons un tajine. Coup de glaxonne. Il s’installe à mes cotés. Sa famille vit à côté de Meknès, il va à Dakhla pour travailler. Il a trouvé un poste d’informaticien, content de cette chance dans un pays fortement touché par le chomage. Il est tranquille avec ces rêves, espère ouvrir un cybercafé, avoir assez d’argent pour voyager…vivre paisiblement. Il dégage un bonté naturel.

Nous arrivons à Dakhla vers 6h du matin après une nuit très relative. Nous reprenons des forces avec un bon petit déjeuné. Ces collègues viennent le chercher. A bientôt Hicham et bonne chance dans ton nouveau travail. Je pars en stop direction la Mauritanie. Deux travailleurs me mettent sur le bonne axe. Je marche au milieu du désert, sensation de liberté… J’espère être à Nouakchott ce soir.

Mauritanie

L’index remplace le pouce au Maroc. Je fais signe à une voiture. Elle s’arrête. Muhammed est Tunisien, il va à Bamako, il passe par Nouakchott. C’est parfait ! La chance me sourit, je suis sûr d’être dans la capitale de la Mauritanie ce soir. Il a beaucoup voyagé, connais bien l’Afrique, il est débrouillard. Il est arrêté pour excès de vitesse. On repart en saluant les policiers qui rigolent. Pas d’amende, rien. « Comment tu as fait ? » « Il ne peuvent rien faire contre les étrangers. Ils peuvent prendre mon permis au pire…j’en ai 4 différents : tunisien, américain, autrichien, français. Donc ils font rien. Mais il faut être sympathique ! »

Après 3h de route, nous arrivons à la frontière marocaine… Il se faufille, vente le Maroc, serre les mains, montre une carte VIP qui paraît bidon…je le suis sans rien dire. On passe la douane 20 minutes plus tard malgré un rallye Amsterdam-Dakar qui faisait la queue pour les passeport ! Et voilà le passage entre le Maroc et la Mauritanie, un champ de mine avec les carcasses carbonisées des voitures imprudentes. Sans indications, sans routes, sans rien et avec des mines antipersonnel… Je n’arrive pas à comprendre. On roule doucement dans les anciennes traces. La frontière mauritanienne…Muhammed se remet au travail. Il devient conseiller éxécutif de l’ONU à Vienne, puis directeur du Rallye Amsterdam-Dakar. Il vente Allah, la Mauritanie. Il refuse tout bakchich…et l’on passe tranquille.

Ce dit en passant mon carnet de vaccination, mes deux photos d’identité : sacré blague. Ce qui les interressse c’est l’argent et basta. Petit conseil : avoir un billet de 20 euros. Ce qui n’était pas mon cas. J’ai eu l’erreur de changer mes Dirham contre des Ouguiyas…alors on me dit que je suis hors-la-loi, on me demande 8000 ouguiyas. J’ai seulement 7000 ouguiyas (23 euros), un hollandais à 20 euros, on fait échange. Seule fausse note. Je suis bien contant d’avoir rencontré ce tunisien beau-parleur avec un bagout impressionnant. En tout et pour tout 1h30 pour passer les deux douanes. Le désert de nouveau, des habitations de fortunes laissent voir la misère du pays. Le sable, le soleil, la chaleur. Je m’endors. Je me réveil à une station de repos. Je suis comateux, je me lave le visage, je fume une clope à l’ombre…une femme sur la terrasse attire mon attention. Je retourne dans la voiture. Un homme passe. Je l’interpèlle :

« Pardon, c’est quoi la monnaie ici ? » « Sorry »
« What’s the change here ? »
« 300 Ouguiya = 1 euros.Where are you going? »
« Sénégal »
« Me too »

Il m’embarque. Je dis aurevoir et merci à Muhammed. A l’arrière du camion, je retrouve la femme de la terrasse ! Elle est espagnole. Le troisième compagnon est mauritanien. Me voilà donc avec Mo un anglais d’origine pakistanaise, Noémie qui vit à Barcelona et enfin Jacob. Direction le Sénégal dans un quarante tonne ! Ils partent pour un projet humanitaire dans la région de Dakar, ils transportent tout le matériel néccessaire…ordinateur, machine à coudre, tracteur, ect…  C’est Mo qui dirige les opérations, Noémi l’aide dans son projet et Jacob est le passeur pour facilité l’arrivée au Sénégal. Ils parlent anglais, espagnole et français. Je me retrouve rapidement dans le rôle de traducteur. Prise de conscience de mes progrets en langue.

Nous nous arrêtons à Nouakchott pour le nuit. Les rues sont de sables, les constructions de terre. C’est un quartier pauvres de la capitale. Nous entrons dans une belle maison en dure. Une femme de la famille s’est mariée avec un hollandais qui travail en Europe. Jacob nous présente Jean, un petit frère pour lui. On nous offre le repas. Nous fumons toute la nuit en parlant religion. Ils sont Baafall, musulman Mouride se réclamant de Cheikh Ibra Faal. Deux visions. Les théories de Mo qui s’est convertit en Angleterre. Les idées de Jean et Jacob qui vivent le Mouridisme depuis leur enfance. Mo ne prit pas, parle beaucoup, écoute peu… Jean et Jacob prient, écoutent et rigolent. Noémie et moi revendiquons la compréhension et le respect de toutes les religions. Elle est plus boudhiste. Moi, je crois au silence et à l’espace vide.

Le départ est fixé à 7h du matin, la nuit est courte. Jean fait partit du voyage, nous nous serrons sur la banquette arrière du camion. Passage dans un quartier très pauvres, véritable bidonville. Jacob m’explique qu’il y a aussi les quartiers occidentalisés avec les banques et les hôtels…je ne les verrais pas. Nous faisons une pause au bord de la route pour boire un thé, faire le plein du camion…manger un peu, discuter, trainer… rencontrer un homme qui dit travailler dans l’humanitaire…ce faire inviter. Je suis l’intermédiaire entre Mo et le Mauritanien. Mo cherche des contacts sérieux…l’homme cherche un télé pour offrir à sa femme. Ils sont dans leur lune de miel alors c’est la tradition d’offrir des cadeaux. Histoire d’entamer le travail de collaboration humanitaire ! J’ai la vague impression que l’on perd notre temps.

Nous passons par une scéance de photos laborieuse, où le naturel est partit en courant depuis longtemps. Noémie essaie la coiffe traditionnelle du mariage, avec les perles, les tresses… On dirais que ces charmes n’ont pas laissé indifférent. Nous perdons un temps fou. Mo lui donne ses contacts dans l’attente de toute les informations concernant ses activités…je traduit le texte comme je peux. Nous reprenons la route en début d’après-midi. Il reste encore un bout de route avant d’atteindre la frontière. Jacob ne veut pas passé par Rosso…je crois que les papiers de Mo sont plus ou moins bidons. Je ne comprend rien à son projet humanitaire, ça ressemble un peu à du commerce caché… Tu fais un premier trajet avec des affaires humanitaires puis tu réutilise les contacts pour organiser le passage de riz, de coton, d’épice, ect… Il y a un truc pas claire dans ce 40 tonnes. Bref nous prenons une route défoncée pour éviter Rosso.

Le soleil se couche, l’ambiance devient tendu, Mo est autoritaire et borné. Jacob lui donne des conseills. Il refuse d’écouter, il geule, il menace… On se tait. Nous arrivons à la frontière. Evidemment « La diplomatie française » c’est encore de la blague…je dois payé 10 euros pour entrer au Sénégal. Nous avons un problème. L’escorte qui devait nous amener à la douane de Saint-Louis n’est pas là. Mo dépité, au bord de la crise de nerf va dormir dans son camion. Je ne comprend pas ce qui se passe. Jacob intervient, nous trouve une escorte. Nous garons le camion à Saint-Louis vers 1h. Je vais cherché à manger pour tout le monde. Mo refuse de sortir de son camion. Personne pour nous hébergé, personne pour nous aidé… Elle est loin la Mauritanie.

Sénégal

Nous partons à la recherche d’une chambre pour quatre. Nous arrivons à l’Hydrobase. Nous prenons deux cases, chacune 5000 FCFA = 7,50 euros. (650 CFA = 1 euros) C’est parfait. Nous fumons, nous parlons des évènements de la soirée. Nous sommes fatigués. Bonne nuit de sommeil. J’ouvre la porte en bois, les pieds dans le sable s’admire les constructions de bois et de feuilles, la mer et le soleil. Mes trois amis se réveil doucement. Jacob, Jean et Noémi… Je me sens fort à leur coté.  Nous partons vers le centre de Saint-Louis prendre le petit déjeuner et revoir Mo. Le traversé est finit, je suis arrivé au Sénégal. Commence un nouveau voyage.