La traversée du désert

En route vers le Sénégal ?

Dimanche 16 novembre

Agadir

Arrivé à la marina, je me rend à la capitainerie. Le catamaran « Dream » sort du port aujourd’hui, ils ne connaissent pas sa destination. Proche du bateau, à une terrasse…temps d’attente. La marina ressemble à tous les ports cotiers européens…nouvelles boutiques aux designs communs, petites fleurs
bien rangées, architectures sortant tout juste de l’imaginaire capitaliste. Première claque de l’influence de l’occident. Je m’en doutais, je l’imaginais mais après le dessert, la montagne, la médina. Le contraste est trop fort. La rigueur, la froideur, la prétention me saute aux yeux. Je bois mon café en lisant « Le Monde Diplomatique ». Je suis très bien intégré dans le décor…

La France ?

Un homme la cinquantaine, polo blanc, pull bleu, sa femme l’air cruche et un ami pas mieux, s’assoient à côté de moi. Je ne peux m’empêché de les haïr avant même de les entendre. Evidement…ils sont français, ils ont un hôtel particulier, ils vont faire « une sortie en mer » sur un bateau à moteur. Souvenir de St Cast, de ses parisiens prétentieux et puants. Evidement…ils sont modérés de droite, un peu racistes et humanistes. Evidement, j’exagére, je ne vois que le noir… J’ai envie de les jetter dans le port ! Le skyper du « Dream » sort sur le pont, je vais à la rencontre. Il part vers la Méditerrané. Ma seul chance de quitter Agadir aujourd’hui s’écroule.

Il me rappel. Il me propose : « Etre son coéquipier jusqu’à la France et il me paie un billet pour les Canaries à l’arrivée. » Je résume…croisière de deux semaines jusqu’au Cap d’Ague…avion pour les Iles…trouver un bateau pour Dakar. On est le 16 novembre. J’arriverais en France début décembre. J’ai un avion Dakar-Paris le 22 décembre. En gros, je dois faire France-Sénégal en 15 jours pour revenir à Paris. Autant rester à Paris dès le début décembre…aller à la Ménagerie de Verre, à Beaubourg, au Théâtre de la Ville, au Palais de Tokyo, ect… Je suis en train de rêver de retour. La fatigue de mon errance, mon manque de danse… Je suis tiré dans deux directions…Sénégal ou France. Retrouver mon confort, mes habitudes, mes repères… Retrouver l’art contemporain, les spectacles, les cours de danse… Mon rêve est en train de vaciller, la marina à une mauvaise influence sur moi. On se donne l’après-midi pour réfléchir. Il garde mon sac, je suis libre de découvrir la ville. Mais avant…appeler la famille.

La décision

La voix de mon papa me renvoie à la bétisse de mon idée. Ça n’a aucun sens…Je resors libéré. Demain, je pars en bus pour le Sénégal. Profitons de la journée pour visiter Agadir.

Le souk d’Agadir

Je retrouve un architecture organique, évolutive, subissant les mouvements de la vie… Loin des dégradations, des salissures des batiments français…car la forme n’est pas fixé. Amoncellement de taules, d’aciers, de toiles formant un souk assez recent…Les babiolles habituelles se déversent des boutiques aux geules roullées. Je rencontre deux marocains qui m’invitent à manger. Véritable révélation…les marocains ne sont pas tous des commercants arnaqueurs ou interressés ! Ce que les discours et les mots peuvent être plats, généralisant, grossiers… Seul l’expérience ou la poésie peuvent rédonner cette subjectivité, cette sensibilité à la vie, aux mouvements ; loin des théories, des thèses sociologico-scientifique qui peuplent mon esprit. Nous parlons des femmes…les traditions paternalistes et machistes sont encore bien présente ici. Ils vont souvent voir des prostitués pour assouvir leurs pulsions. Relations homme-femme reposant sur la famille et la religion. Je n’avais pas ressenti ça depuis mon arrivée au Maroc. Nous passons un bon moment. Je les quitte pour faire des photos.

Préparation pour les frontières

Site de « La Diplomatie Française » :
Pour le passage de la frontière Mauritanienne

  • passeport valide
  • carnet de vacination
  • deux photos d’identités
  • 20 euros pour le visa

Pour le passage de la frontière Sénégalaise

  • passeport valide
  • carnet de vacination

Histoire d’être en règle, je ressors avec mes photos. Je m’installe à une terrasse. Il y a un derby entre deux clubs de Casablanca. J’aime bien le foot, mes 9 ans de pratique ont laissé des marques… Je rentre à la marina, j’annonce mon idée au skyper… Il m’avait déjà remplacé par un homme plus agé, plus expérimenté. Je reprend mon sac, je trouve un hotel à 30 dirham dans la banlieu, Anezakane je crois. C’est proche de la station de bus, c’est parfait. Je passe sur internet, je prend une douche et au lit. J’ai retrouvé mes esprits. Demain…en route vers le Sénégal !