La traversée du désert

Fès et l’écriture

Du mercredi 5 au dimanche 9 novembre

Le bus

J’ai décidé d’utiliser le bus au Maroc, je ne sais pas comment fonctionne le stop, si c’est dangereux, si c’est accepté… bref j’achète mon billet à 100 dirham. Je m’installe. Je quitte Yassir et Tanger. Direction Fès. Le bus prend les petites routes, s’arrête dans plusieurs villes, ça me permet de découvrir le pays. A Chefchaouen, un vendeur de hachisch me tombent dessus : « Bonjour mon ami. Vous-venez d’où ? Soyez le bienvenue. Tu veux du marron pour faire bronzer la tête ? » C’est la ville pour les fumeurs. Je refuse poliment. Le bus repart. Nous traversons les montagnes, les petits villages et nous voilà à Fès.

Mercredi soir

Je rencontre un couple d’italien. Nous prenons un petit taxi, direction la médina. Objectif : trouver une chambre tranquille pour écrire. Yassir m’avait donné une adresse : « Hotel Bab Boujloud ». Je comprend vite qu’il n’existe pas. Nous rencontrons Muhammed qui nous propose une chambre pour 150 dirham. Nous allons voir. L’appartement se trouve dans le coeur de la Médina. Un petite porte métallique d’un bleu passé qui s’ouvre avec effort. Une salle d’eau typique avec toillette et douche en un. Une chambre douillette qu’un lit deux places et une armoire occupent entièrement. Un salon marocain disproportionné avec son cercle de banquette rouge…ce sera mon lit pour 50 dirhams. Le couple occupe la chambre. Nous allons boire le thé avec la famille qui habite le dernier étage. Nous installons nos affaires. Demain le couple repart en italie, demain je commence à écrire. Nous sortons manger une soupe. Nous retrouvons Muhammed notre rabatteur. Nous passons une soirée avec ses amis. En rentrant, je suis décidé à garder l’appartement. Ce sera mon lieu de travail.

Jeudi

Première journée d’écriture. Réveil réglé, papier, crayon rangés. Bien décidé à commencer. Depuis mardi, j’attend ce moment, le début de mon exercice. Écrire mes deux mois de mon voyage à Granada. Je me donne 4 jours. Je me lève à 10h… petite ballade dans les rues de la Médina à la recherche d’un petit déjeuner. Les ruelles sont bondées, toutes les boutiques ont déversées leurs couleurs, succesion de tapis, lampes, coussins… « Bonjour mon ami. Vient voir un peu… Plaisir des yeux. Pas chère… Prix d’ami… » Toutes les merveilles de l’artisanat marocain amplissent la médina. Un petit magazin, un vieille homme vendant des yaourts, avec un gateau se sera mon repas. Je me perd.

Les ruelles s’entremêlent, zizaguent, finissent en impassent. Tout est capillaire, rien n’est droit, tout est courbe. Je garde les grands axes en repères. Ça ne marche pas… J’arrive dans un souk un peu rustique… chemin boueux, anes, carriolles, tanneurs et ferraileurs. Impression irréelle, saut dans le temps, ancienne matérialité. Nouvelle vision des outils de production. Le rapport à la terre, aux matériaux, aux animaux… Ici, les constrastes sont immenses. La nouvelle ville est sur le modèle occidental, béton fonctionnant au tertiaire. La Médina est resté plus traditionnel, agriculture, artisanat…mais aussi tourismes. Je rentre dans ma chambre. Je le marchande à 100 dirhams. C’est un peu cher mais j’ai l’appartement en entier. Je m’installe à la table.

Début d’après-midi je pense… la lumière du jour ne rentre pas, les fenêtres sont trop petites… Je suis coupé du temps. J’ouvre mon cahier. Replonger dans Granada. Impression bizarre de deux temporalités. Je ne vis pas vraiment à Fès. Je me déplace, je mange et j’écris. C’est étrange comme exercice, je ne comprend pas encore le but. Évolution de mon blog vers une recherche sur l’écriture autobiographique. Pratiquer. Tracer des sillons dans le papier devenu fertile. Exercice, contrainte au travail, obligation sur le mode scolaire. C’est un peu ça l’idée. Impression de devoir. Je stresse de ne pas finir ma copie pour dimanche soir. Je quitte Fès lundi. Alors je m’y met…

Je lutte avec mon crayon pendant 4h. Je sors prendre l’air, se ballader, prendre un thé, se décontracté… Un marocain me conseil un salon de thé. Je le suis. Nous arrivons dans un magazin de tapis… Je le remercie. Nous repartons, entrons dans un petit café berbère… que des hommes, toutes générations. Les vieux jouent aux dès, aux cartes en buvant du thé… ça doit faire des heures qu’ils sont ici. En cercles, se chamaillant, se taquinnant… on m’adresse des sourires. Je m’installe pour écrire. Je n’ai pas le temps d’ouvrir mon cahier, deux marocains m’interpèllent… Les questions habituelles. J’aime à dire que je suis breton, fierté de ma région… Évolution des passions avec l’éloignement. On s’assoit à ma table, Hamed travail dans le génie civile. Il a fait ces études à Bordeaux, il travail maintenant au Maroc. Nous blaguons sur le peu de débouché d’une faculté d’histoire. Je les quitte. Je retrouve facilement mon chemin ce qui m’étonne. Les chemins de la médina n’ont pas beaucoup de virage, c’est comme des vaisseaux sanguins, une fois que tu as le bon axe…reste dessus. Je m’arrête prendre une soupe avec du pain.

De nouveau à ma table, la fenêtre brisée du salon laisse passer un filet d’air frais, je grelotte les yeux rivés sur mon papier… Je m’enroule dans une couverture, le cahier se referme vers minuit. J’ai finis la première partie, non sans mal. Demain, recherche d’un cyber-café pour recopier le texte. Je régle mon réveil sur 9h45. Bonne nuit.

Vendredi

Mon matelat est super. La nuit a été bonne. Mon réveil orange et rond, au tic-tac insupportable, me sort d’un rêve. Je me lève avec regret. Je m’habille. Je sors. Une crèpe et un thé à la terrasse d’un café de la porte Bab Boujloud. Ça deviendra mon habitude, mon lieu petit-déjeuner. J’aime à créer rapidement des routines, des repères… Surtout dans ce contexte de travail. Je retrouve Muhammed qui traine toujours prêt de la porte, avec son manteau en faux-cuir et sa casquette noire. C’est les rares moments de socialisation de la journée, nous discutons de choses sans importance. Je pars à la recherche d’un cyber, j’atterri chez « Cyber Didi ». Le type qui tient la boutique à l’oeil honnête, le sourire timide. Ça deviendra mon second lieu de travail. Je recopie « Granada : la rentré des classes ». Devant l’écran, je reprend les tournures, je corrige les fautes, je complète et je coupe… Après 3h, je sors… le premier article est en ligne.

Je marche à la recherche d’un restaurant pas cher… évidement je me perd, tout est ovale, les degrés varient sans prévenir. Les espaces privés et publics sont très alléatoires. Les impasses sont nombreuses, elles sont appropriés par les familles, je fais demi-tour, je recroise des visages souriants… Je décide de rester sur les gros axes, les seules qui avancent vraiment dans la Médina. Je cherche une soupe, c’est un peu mon plat favoris depuis Tanger, ça nourris bien, ça coute 5 dirahms avec du pain… mais je me perd. J’arrive dans la rue des bouchers. Pas une odeur, pas une mouche… Souvenir de mes 15 ans à Meknès, une odeur insupportable. Il y a des progrès au niveau de l’hygiène. Je m’arrête manger des brochettes de moutons. Dans le chemin du retour, je rencontre un homme.

Il vient d’ouvrir un hôtel. Je lui propose de travailler pour lui comme rabateur. Je vais visiter. C’est super chic, pas trop cher, en pleine médina… « Pension Sekaya ». Je prend 10% sur le prix de la chambre. Il me donne des cartes de visite. Si je peux gagner un peu d’argent avec ça…pourquoi pas ? On verra ce que ça donnera. Je retourne à mon « Cyber Didi ». Je recopie « Granada : quatrième semaines ». Encore 3h d’écriture, je rentre à ma chambre. Je prend une douche. Je me remet à écrire, retour au papier, à la mémoire, l’inspiration… Travail jusqu’à minuit. Je me couche.

Samedi

Je me lève avec la ferme intension d’écrire « Granada : sixième semaine ». Direction mon café. J’installe ma crèpe, mon thé. J’ouvre mon cahier… J’écris toute la matinée. Je salut Muhammed, le patron me sort des proverbes, trois berbères dansent une minute puis sortent un chapeau… Les touristes tournent dans tous les sens avec leur short, chaussettes, scandales… Je me concentre sur le papier. J’ai finit vers midi, je vais chez « Cyber Didi », je recopie les feuilles d’hier soir « Granada : cinquième semaine ». Je sens que la fatigue vient vers le milieu, les descriptions se font plus courtes, le style s’accélère, je colle trop au faite… Avec le manque de concentration la pensé reste stagné sur mon moi, mes perceptions passées ne s’envolent pas, manque de poésie, de subjectivité. Interrogation sur l’écriture de l’histoire. Les mots sont-ils capables de décrire l’immatériel avec objectivité. Sur quoi s’attachent les mots de notre histoire ? Encore trois heure de travail et c’est la pause bien mériter.

J’évite de m’enfoncer dans le coeur de la médina. Un sandwich oeuf-foie-patate fera mon affaire. Je retourne à mon écran. Je recopie le travail de la matinée. Il y a des oublies, des dévellopement inutiles, des focus sans intérêts… Des descriptions sèches, un manquent de vie, des peinture rapeuse. Mes mots et mes souvenirs sont en questionnement… L’écriture doit-elle être au-dessus de ma vie, de mes souvenirs. Le travail sur les mots, sur le style plutôt qu’une transmission trait à trait de ma vie. Je sors fumer un clope. Le soleil est couché, l’air est doux, mon travail avance…demain j’espère finir les deux derniers articles. J’ai encore du travail pour ce soir. Je rentre. Un douche et de retour à ma table, à mes notes, à mon crayon,  à ma bouteille d’eau, à ma peur d’écrire de la merde. Je classe mes notes puis j’écris. Je suis fatigué, je n’ai pas d’inpiration… Je recopie mes notes sans m’en rendre compte. J’abandonne, autant dormir. Demain, j’ai encore une longue journée devant moi.

Dimanche

Dernier jour, j’ai encore deux articles a écrire. Je vais prendre mon petit-déjeuner en face de la porte Bab Boujloud. Je pars pour le cyber-café. Je prend les notes d’hier soir, elles ne sont pas brillantes…je dois réecrire une bonne partie. Après 4h de travail sans interruption, je vais me ballader dans les rues, « Granada : septième semaine » est publié.

Il me reste la dernière ligne droite, la dernière semaine, il est 14h30. Je rentre à l’appartement, je lutte encore 4h. Je n’ai pas d’inspiration, je suis fatigué, je me force pour terminer. Je compte les jours restant, sensation douleureuse…se faire violence pour écrire, pour sortir des mots, pour raconter une histoire quand la plume est sèche. Je sors manger un sandwich et de retour au « Cyber Didi ». Il est 18h30. Je me lance dans la réécriture. La tâche est plus facile, utiliser le support, le faire évoluer, le nourrir… Je place le point finale à 23h. Le cyber ferme. Je sors, je m’allume une cigarette…l’exercice est finit, j’ai passé l’épreuve.

Mon dos porte le stress des trois derniers jours, mes épaules me tirent, ma machoire est sec, mes yeux fatigués. J’en ai oublier mon corps, mon esprit tirait la machine… douleurs, courbatures, crispations. Réaliser mes rêves, mes envies, ne jamais revenir en arrière une fois sa parole donnée. Se donner du mal pour les choses qui ont de l’importance. Je pars demain pour Azrou. Voir Khalid un ami de Jésus. Reprendre des forces dans l’altitude, l’air de la montagne et un peu de repos.