Grenade et le Flamenco

Granada & le Flamenco

Du jeudi 11 au lundi 22 septembre.

Fibres

La rencontre… Je reviens dans mon squat. Mon sac se pose. Je vais dormir 12 nuits ici… mais ça je ne le sais pas encore. Je sors. Incappable de marcher, totalement exténué, une sieste est décretée. Réveil avec les rayons orangés de la fin de journée… Au detour d’un ruelle une place se révèle… Les tallons claquent, les mains en rythmes, les corps se dessinent… Quatre danseuses de flamenco. C’est ma chance ! Je m’assoie, je regarde, je me donne du courage, je vais à leur rencontre… Maria parle français. C’est plus facile. Elles prennent des cours avec La Pressy dans sa cueva, Camino de Sacromonte…cours mardi, mercredi et vendredi de 17h à 20h. Demain, j’irais la voir. Tomoni m’explique la technique basique des pieds. Je leur offre une improvisation de danse. Une nouvelle énergie vient de m’envahir, le flamenco vient de m’ouvrir ces portes. Le reste doit venir de moi.

Vendredi… Des traces lumineuses passe par l’entrebaillement du volet délabré. L’air est doux. Je découvre les matins chaleureux dans les bars andaloues. Le thé, le pain tomate et le journal…je respire. Journée de ballade dans la ville. Vers 16h, je me dirige vers Sacramonte. El Camino de Sacramonte est une route qui longue le Rio Dorro, avec une vue magnifique sur L’Alhambra. Je cherche une petite porte métallique, un rideau blanc avec un panneau « Private » et des notes de flamenco. Je trouve facilement. Je respire à fond…je rentre. La Pressy m’accepte, me donne une chaise. Je me fait niño. J’observe, je tente de comprend, je voyage pendant 3h. Entre l’eau et le feu, douceur et colère, je suis surprit et emu. Je rencontre Roberto le guitariste, Pablo le chanteur et Tomoni…japonaise de 36 ans qui en fait 26 dansant le flamenco depuis 10 ans… Elle a blaqué son travail dans l’informatique à Tokyo pour venir danser à Sacramonte. Nous allons boire un verre dans le centre, puis dans une salle au fond d’un bar avec plusieurs chanteurs flamenco. Les chants se succèdent, ils me transportent, je voyage dans leur voix. Pablo est fantastique. Je commence à comprendre… Nous allons à « Eshavira », une boite flamenco prêt de la C/ Elvira. J’aime ce chant, sa force, ce feu. Je danse. Comprendre, être sur… La soirée m’entraine, les rythmes des palmases, je danse encore et encore. Être sur de rester !

Premier week-end… C’est décidé, je reste ici pour apprendre le flamenco. Minimun 1 mois. Le squat devient alors ma maison, nouvelle vision, je m’installe vraiment. La poussière s’envole, les rêves se fixent. Je fouille, grand grenier, impression d’enfance, jeux devenu vie. Ma maison est une cabane. Une bassine, une glasse nettoyé et le salle d’eau est crée. Un seau, de la pierre, des bouts de bois, de la terre et c’est les water. En deux mots mais sans eau, je peux me laver. Javel, serpillère, le sol m’apparait. Une petite fleur bleu en son coeur doré s’est posée dans les croissement. Le journal, les chaussons, je m’installe aux toilettes. Et c’est l’attente du mardi. Trois jours de vie tranquille. La litterrature, l’art et les ballades en sont mes compagnons. Le temps s’étire, la vie sans contrainte entre ennui et bonheur. Accrobate sur une corde, la sensation s’affine. Je vais voir l’expo « Lugares communes » au Centro José Guerrero, regroupant des travaux hétéroglythes d’artistes sud-americains utilisant le vidéo comme support. La ballade…essayé de bouger dans la ville, découvrir ses ruelles, ses espaces et ces couleurs. Sortir de son chemin habituel. Les habitudes rassurent, elles enferment aussi. Ma cabane en point fixe, je peux partir plus loin. Découvrir les bars dont leur nom griffonné, peuple mon carnet. Rencontre impromptu, échange d’idée, mes pages se remplissent. Prennons… »Le Tertulia » C/ Pintor López Mezquita. Je rentre, ambiance tamisé, bar en longeur, comptoir sur la droite. Trois hommes occupent la première table. Un couple sirotte des coca en se parlant tout pas. Devant une petite scène, quatre femmes ayant atteint la cinquantaine. L’homme qui m’a ouvert la porte s’installe sur la scène. Je commande une bière, le concert commence. Heureux hasard. Guitare, musique à texte. Ambiance tranquille. Le concert se termine, le barman m’offre une bière, le chanteur nous rejoint. Je rencontre Enrique Victor Martin, qui a vrai dire m’est totalement inconnu. Je ressors de bonne humeur.Direction « Eshavira ». Il y a plus de monde, je m’installe trop vite…à la table des chanteurs, des guitaristes. Je me crois comme chez moi. Je danse vaguement. La chance du débutant est passée. Je ressens un froid. La musique m’entraine, je m’emballe, je tape des pieds…on me dit de me calmer. Je remballe ma fierté, je me retrouve niño. Le flamenco a ses règles, je dois le comprendre. Je m’achète des bottines flamenco. Je bouquine « Jacques le fataliste » de Diderot. Je le finis. Je jongle sur la Plaza Nueva avec les hippies. Je rencontre un groupe de musique irlandaise. J’écris, je mange des tappas…Je me ballade. Et mardi arrive.

Mardi… De retour dans la cueva de La Pressy…Trois heures difficiles, la concentration s’en va. Je ne sais que faire, où regarder où entendre. Regardant les pieds, les bras sont écartés. Je ne comprend pas les corps, leurs mouvements…je n’investis pas les danseurs. Je ne rentre pas en eux. Je n’ai pas les clés, je suis sur ma chaise, je dois commencer. Pressy me présente Lilly. Rendez-vous demain 11h pour un cours particulier. Je rentre dans le centre avec Tomoni. Elle m’invite chez elle. Je prend une douche. Car à vrai dire, ma salle de bains est un peu sommaire. Je vie avec 4 littres d’eau par jour pour boire, me laver les dents et prendre des douches. Partie par partie, mon attention grandi. Seules les extrémités sont lavées. L’eau est réutilisée, les pieds en dernier. J’aime bien…mais une bonne douche ! Soirée sympathique. On m’offre un réveil…je ne dois pas louper le rendez-vous de demain. Je rentre chez moi, un matelas reposant dans la rue rebondit maintenant sur ma tête. J’arrive devant ma porte…enfin plutôt mon mur. Car je ne vous ai pas parlé de cela. Le seul moyen d’accès à ma maison c’est ce mur. Je l’escalade depuis une semaine. Le premier pied sur la grille de la fenêtre, le deuxième sur la gouttière…je pousse…j’atteint le balcon, puis le haut du mur. Je n’ai plus qu’à sauter au-dessus du plafond detruit pour atteindre le 1er étage de ma cabane. Le problème s’est d’être discret, que personne ne sachent que j’habite ici. Le bruit est prohibé…se cacher quand la voisine étend son linge sur la terrasse. Plein angle sur l’interrieur de ma ruine. Petite sensation du Journal d’Anne Franck…reminiscence du voyage à Amsterdam. Alors ce soir avec un matelas, c’est pas le top ! Je tente de le lancer…j’arrête tout de suite. Je vais chercher de la corde. Il est 2h du matin, il n’y a pas un chat…je ne lance. Le matelas est attaché, la corde se tend entre dans ma peau…il se lève doucement…se prend dans un file électrique, j’entend des pas, les ombres arrivent… je le démêle…le tire…le jette. Je me cache. Les gens passent. J’ai des palpittes. Je vais me reposer dans ma chaise en haussier. Le matelas est installé, le réveil est réglé. Je lis un peu Le Monde et je sombre dans mes rêves. Ça fait du bien quand les choses se mettent en place.

Mercredi… Réveil à 9h. Je sors avec mon bidon d’eau. Je rentre dans un bar pour le petit déjeuné. Je commande un pain confiture avec un thé, j’attrappe un journal espagne et profite du réveil de la ville. Des travailleurs en temps de pause. Des hommes cravates en pause café. Des étudiants en mode normal. Je remplis mon bidon à un fontaine. Je reprend la rue Zenete où se trouve ma « cabane », toute proche de la Casa Delaire…je glisse le bidon dans un trou du mur. Je pars vers les cuevas de San Miguel. Je retrouve les cuevas de ma première nuit. Crainte de revoir Johnny. Sensation étrange, être partit sans dire aurevoir, impression de voleur. La cueva de Lilly est bien aménagée. Petite salle dédiée au flamenco. Devant une glace, j’apprendre les premiers pas, les premiers rythmes des pieds.

Tout d’abord, cinq types de frappe basique :

  1. tout le pied appui autre jambe (AAJ)
  2. seulement l’avant (AAJ)
  3. arrière avec appui sur l’avant
  4. seulement l’arrière (AAJ)
  5. jambe vers l’arrière frappe avec la pointe du pied (AAJ)

Puis les enchainements…notation 1 à 5…Gauche (G) Droite (D) :

  • « Direction » : 1D-3G-3D = 1 temps puis dans l’autre sens 1G-3D-3G = 1 temps Et ça recommence. Il y a 12 temps mais les deux dernier (11 & 12) sont sourds.
  • « Primera face » : 2D-3D-3G-2D-3D-3G-1D = 3 temps / 2D-3D-3G-1D = 2 temps Cela fait 3 tps / 3 tps / 2 tps / 2 tps et 2 temps de silence qui font 12.
  • « Seconda face »…
  • « Tercera Face »…
  • « Redoble »…ect…bref c’est technique au premier apport.

Cela s’écrit avec la musique… Je découvre des partitions de danse de pied. Il y a donc des codes, de règles dans le flamenco. Avec tout les risques que ça comporte, des mouvements types se sont dégagés de son histoire tortueuse. Car il y a peu de documents avant le 19ème siècles, beaucoup d’échanges, de rencontres, d’évolution et d’errance. Influence de la danse classique espagnole avec les boleros…Interprétations des gitans, art innée du spectacle, de la fête… Les colonies, les voyages, l’Amérique du sud et l’Afrique rapportent des couleurs, des rythmes spécifiques. Les percusions, les chants des esclaves… La souffrance des travailleurs dans les mines…Les deuils et les mariages… Toutes ces évolutions ont créé une danse qui se réinvente, se dévelloppe et s’ouvre à d’autre influence… Mais le socle est là dans le chant et la musique. Art complet, trois domaine faisant fusion.

Je travail mes pas, ça vient rapidement. Dernière chose, l’accélération du rythme et les variations. C’est une autres histoire. J’ai encore beaucoup à apprendre.

Jeudi… Réveil, petit déjeuné, la fontaine, le bidon, la cabane, le trou dans le mur…Je traverse Albaycin, un quatier de Granada, pour retrouver Lilly. Les ruelles pavés, les maisons ont mûrs blanc, je lézarde, une place se découvre, les murs sont devenus bleu, jaune, rouge… Je m’arrête au mirador, Placeta de San Nicolás, après le cour. Je retrouve Tomomi par hasard à une terrasse avec des amies. Elles m’offrent un verres. Elles repartent. J’ouvre mon bouquin. Je profite du soleil. Vu magnifique sur la vallée, les montagnes au loin découpent l’horizon, la ville en-dessous en oubli leur présence. Ici, elles reprennent toute leur grandeur, l’une d’elle porte en son sommet un chateau gigantesque… Le monochrome bleu du ciel me fascine toujours autant en ce milieu de septembre.

Le deuxième week-end… Dernier cours le vendredi avec Lilly. Je retourne voir les 3h de cours…je commence le cour collectif de 19h à 20h mardi prochain. Soirée tranquille avec Tomomi, Roberto et Pablo… Et encore un week-end d’attente. Je ne comprend pas le rythme de l’Andalousie. Tout ferme entre 14h et 17h, le temps de la sieste. Je ne m’y fait pas ! J’erre dans les rues désertes, je traverse la foule des mariages que chaque église déverse. Les robes et les costumes s’émerveillent et sourient devant les flash crépitant des photographes d’évènements. Je me remet à la littérrature espagnole, ayant finit « Jacques le fataliste »… livre spéciale dans sa structure, écriture découpée que j’apprécie avec le temps, temporalité aléatoire, histoires morcellées.

Samedi soir, en passant par la Plaza Nueva, je m’arrête sur un banc pour discuter avec un italien… Francesco. Nous passons la soirée ensemble. Homme touchant et honnête, je sens que je le reverrais. Je profite de ce week-end pour pratiquer le flamenco, mais aussi… journaux… ballade… fontaine… trou… bidon…tappas… écrire… grimper… dormir… rêver !

Lundi… Je me résigne, j’achète un livre neuf, « L’éducation sentimentale » de Flaubert. Je m’installe au bar « Elvira ». Une eau, un tappas et je plonge dans la France du 19ème siècle, trente ans avant la IIIe république…la monarchie de Juillet avec Guizot, la révolution de 1848 avec Thiers, Lamartine… La montée du Bonarpartismes… Le coup d’État de 1851. J’embarque avec Frédéric vers Paris pour faire des études de droits, la tête pleine de rêves. Rencontre d’un monde à facettes, les illusions viendront, les humiliations, les prises de conscience… L’histoire me portera durant une semaine. Je passe voir mes mails en fin de journée. Un message de Marion, une amie de Rennes. Elle est en érasmus à Granada. Elle peut m’hébergé si je passe par là. C’est parfait, j’aime les hasard de la vie, je lui répond. J’ai trouvé une vrai maison. Ce n’est pas que mon squat était nul…mais bon, ça fait 2 semaines que j’y vis et la crainte de l’automne me poussait à trouver une solution. Je danse de joie devant le taxiphone. J’appel mes parents. Je vais méditer dans un temple zen. Et au lit. Demain, je commence les cours et je déménage.